Plusieurs investisseurs utilisent souvent le rendement de l'avoir des actionnaires (ou ROE soit Return On Equity) pour mesurer la rentabilité de chaque dollar d'équité que possède une entreprise. Malgré que la précision de ce ratio puisse parfois s'avérer discutable, je me suis rendu compte que certaines personnes ne saisissent pas quels sont les principaux facteurs qui agissent sur ce ratio.
Il faut comprendre que le ROE peut être décomposé en 3 ratios: Les marges de profits nettes, Le taux de roulement des actifs et le Levier financier. Le produit de ces trois ratio donne le ROE.
Les Marges de Profits Nettes
Qui n'a jamais porté attention aux marges de profits nettes quand vient le temps d'évaluer la rentabilité des opérations d'une entreprise? Évidemment, ces marges devront être comparées avec l'ensemble du secteur et devront également faire l'objet d'une analyse détaillée qui permet d'exclure les charges non-récurrentes dans le calcul des profits. Les entreprises qui génèrent un ROE élevé ont l'habitude d'avoir des marges de profits nettes très élevées, ou du moins, plus élevées que les autres entreprises du même domaine. Mon manque cruel d'originalité me porte à vous donner Apple comme exemple. Lors des deux dernières années, l'entreprise de Cupertino en Californie a su maintenir des marges au dessus de 20%. Ces marges se comparent avantageusement à Research In Motion (entre 16% et 17% lors des deux dernières années).
Le Taux de Roulement des Actifs
Une entreprise a beau réaliser des marges incroyablement élevées sur la vente de ces produits, si ses produits restent sur les tablettes, le capital immobilisé dans l'entreprise en tant qu'inventaire demeure stagnant et nuit à la rentabilité des sociétés. Voilà pourquoi beaucoup d'entreprises ont recours à des systèmes informatiques de types «ERP» pour les aider à contrôler leurs inventaires. La première entreprise qui me vient à l'esprit lorsque vient le temps de parler d'un roulement d'inventaire rapide serait Costco. En jetant un coup d'oeil au états financiers de l'entreprise, on se rend compte que pour chaque dollar d'actif (autant les actifs à long terme qu'à court terme) l'entreprise génère 3,32$ de ventes annuelles. Pour Wal-Mart, c'est également excellent à 2,34$ par dollar d'actif. Les détaillants sont les maîtres incontestés dans l'art de faire rouler les inventaires rapidement. Voilà pourquoi ils peuvent fonctionner avec des marges de profits nettes plus faibles que celles d'un manufacturier par exemple.
Pour les curieux comme moi, notez que mes détaillants favoris; TJX Companies, Ross Stores et Big Lots surpassent tous les trois Wal-Mart avec un taux de roulement des actifs respectivement de 2,75, 2,52 et 3,06.
Le Levier Financier
Plusieurs sociétés sont passées maîtres dans l'art de contracter d'importantes dettes pour gonfler «artificiellement» leur ROE. Il faut comprendre que lorsqu'une entreprise se finance davantage par la dette que par l'équité, son équité est diminuée ce qui rend le rapport entre les bénéfices et l'équité plus avantageux. Cependant, il faut noter qu'un endettement important augmente considérablement le risque financier d'une entreprise. Bien malin celui qui peut prévoir à l'avance un gel du crédit ou une récession. Or, plusieurs entreprises se font souvent prendre les «culottes à terre» lors d'une crise et font faillite puisqu'elles subissent un étranglement financier. La société DirecTV est le premier exemple qui me vient en tête. L'entreprise a des actifs de 18.2 B$ alors que son équité est négative de 2.7 B$. Lorsqu'on parle de risques excessifs, on ne saurait trouver meilleur exemple!
Une fois que vous obtenez ces trois ratios, vous pouvez extraire le ROE en multipliant les ratios ensembles. Par exemple, si l'entreprise ABC génère des marges de profits nettes de 8%, un taux de roulement des actifs de 1,25 et un levier financier de 1,5, son ROE sera de 15% (0.08 x 1.25 x 1.5 = 0.15 = 15%).
La morale de cette histoire est simple: Tous les ROE ne sont pas égaux. les entreprises qui parviennent, année après année, à générer des marges de profits nettes et un taux de roulement des actifs supérieur, tout en maintenant un niveau de levier financier très bas voire nul représentent les meilleures sociétés. À l'inverse, celles qui obtiennent des ROE élevés avec un levier financier important (c'est-à-dire un endettement excessif) sont les sociétés à éviter car elles vous font prendre des risques importants en tant qu'investisseur. Donc, la prochaine fois que vous étudiez le ROE d'une société, je vous invite d'abord et avant tout de porter une attention particulière à ces trois ratios que sont les marges de profits nettes, le taux de roulement des actifs et le levier financier.

5 commentaires:
Si on regarde juste le ROE et l'endettemment sans tenir compte des autres éléments de ton texte, est-ce qu'on est sur la route de l'excellence malgré tout?
Oui bien sûr! Mais là tu viens de gâcher toute mon beau billet! ;-)
C'est un indicateur qui fait polémique car les dirigeants de certaines entreprises cotées ont souvent recours à l'endettement pour atteindre des objectifs de rentabilité soumis par leurs actionnaires activistes et impatients souhaitant obtenir rapidement un retour sur investissement. Tout ceci peut être destructeur à long terme pour la pérennité de l'entreprise.
En tout cas, il faut combiner le ROE avec des ratios d'endettement tels que le gearing, le ratio d'indépendance financière ou le levier financier.
Très intéressant!
Connaissez-vous le ROE moyen des sociétés qui composent le TSX?
J'ai déjà lu qu'en moyenne, les sociétés nord-américaines produisaient des ROE dans les 10-12% mais je ne connais pas le ROE moyen actuel. Pour cela, il faudrait avoir la Book Value des indices et je n'ai pas accès à ces données.
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