20 novembre 2012

Que s'est-il passé depuis 2009?

Je relisais le premier billet que j'ai posté sur le Journal Financier en 2009 et je me suis dis qu'avec tout le chemin parcouru depuis, peut être que ce serait bon de faire une petite mise à jour sur le chemin parcouru depuis cette date. Voici donc mon histoire des dernières années.

L'histoire débute un lundi matin à la job. Entre la conception électronique de deux claviers à membrane, le consultant de l'entreprise pour laquelle je travaille m'invite à son bureau pour discuter. En l'espace de quelques minutes, il m'apprend que l'entreprise a changé sa politique interne et que dorénavant, les employés ne feront plus de temps supplémentaire. Du jour au lendemain, j'ai maintenant une dizaine d'heures de plus de temps libre par semaine. Ça me dérangeait pas mal car ces heures supplémentaires me donnaient un plus gros salaire et donc plus de liquidités à investir.

Je décide donc qu'il est temps d'obtenir une reconnaissance officielle des connaissances que j'ai acquis au fil des ans en investissement. Je m'inscrit alors à un certificat en gestion financière question de mettre mes connaissances à l'épreuve. Tout va bien, même trop bien car après quelques cours, je me ramasse avec la mention d'excellence sur mon relevé de notes. À ce moment là, comme en investissement, on se met à croire qu'on est meilleur que tout le monde... Il y a ces fois où il faut se méfier beaucoup plus de ses succès que de ses échecs car ils sont parfois porteurs du germe qui vous fait revenir sur terre. Néanmoins, je ne me suis pas enflé la tête et j'ai continué à lire sur les grands investisseurs question d'oublier un peu la «Théorie des portefeuilles modernes» qu'on cherche à m'apprendre sur les bancs d'école.

Jusqu'au moment où, rendu à peu près au milieu de mon certificat, je reçois un courriel de MEDICI. Quelqu'un dans l'entreprise a lu le Journal Financier d'un Y et le patron veut me rencontrer. J'avais déjà lu sur Carl Simard et je l'avais vu quelques fois à la télé à l'émission Actions qui était animée par Georges Pothier au Canal Argent. J'étais donc honoré de voir un gestionnaire que je respecte remarquer mon travail sur le web. Je me rappelle qu'à ce moment, je n'avais pas dans mes plans de changer de travail ou de carrière ou du moins, pas immédiatement. Je savais qu'éventuellement, je voudrais gérer des portefeuilles mais mon idée était d'abord de terminer mon certificat et ensuite j'amorcerais une réflexion. J'étais hyper stressé avant de rencontrer celui qui allait être mon futur patron. Outre qu'avec la famille, je pense que c'était seulement la deuxième discussion que j'allais avoir avec quelqu'un qui connaissait bien les investissements. N'ayant que très peu de connaissances qui s'intéressent à la bourse dans mon entourage, j'avais toujours vu cette dernière comme une «game» de solitaire où on se regarde froidement dans le miroir avant d'investir. Dans ce contexte, je me demandais si j'allais pouvoir faire bonne impression.

Cette rencontre avec Carl Simard a changé la donne. Après quelques semaines, je remettais déjà ma première évaluation à la firme de Saint-Bruno question qu'ils voient de quel bois je me chauffe. Mon évaluation portait sur Ross Stores (ROST). J'étais emballé par cette société qui avait exactement le même modèle d'affaires que TJX Companies mais qui connaissait une croissance plus rapide. J'étais tout de même loin de me douter que le titre allait pratiquement doubler en deux ans. Je me rappelle que je m'étais demandé quel est le titre que je suis le plus certain qui va bien performer au cours des prochaines années et c'est suite à cette réflexion que j'ai choisi Ross Stores. Aujourd'hui le titre recommence à descendre tranquillement alors que l'entreprise continue de croitre à un rythme élevé.

Ça fait que pendant quelques mois, j'ai travaillé environ 15 heures par semaine pour MEDICI en plus de travailler 40 heures en tant que Designer Industriel. À cela, il fallait ajouter mon cours à l'université. Pas besoin de vous dire que j'avais peu de temps libres... Quoi qu'avec un peu de recul, je me dis que ça a valu la peine de travailler fort pour obtenir ce que je voulais. C'est ce que j'avais choisi après tout. Dans la vie, vaut mieux passer énormément de temps à faire ce qu'on aime que de se forcer à faire des choses qu'on aime moins pour plaire aux autres.

Les quelques mois ont passé et j'ai finalement pu quitter mon travail à temps plein chez mon ancien employeur pour me consacrer à temps plein à l'analyse financière. Ça n'était pas facile car j'occupais un poste clé à mon ancien travail et donc je devais prendre quelques mois pour former ceux qui allaient me remplacer. J'aurais pu quitter avec deux semaines de préavis mais j'aurais mis mon employeur dans la belle merde et comme je respectais mon boss, il fallait que je quitte sans trop de bisbille.

C'est quand même très bizarre d'inventer son propre travail. Un jour vous faites quelque chose que vous faites depuis le cégep et le lendemain, vous débutez une toute nouvelle carrière et une partie des connaissances acquises à l'école ne sert plus beaucoup. Je n'ai pas joint une immense firme institutionnelle bondée d'analystes qui étaient prêts à me prendre sous leur aile dès mon arrivée. J'ai dû moi même juger des tâches qu'un analyste financier qui se respecte devrait effectuer de façon routinière. Personne ne m'a enseigné à l'école comment effectuer une analyse financière. Personne ne m'a appris à actualiser les cashflows. Personne ne m'a montré à réfléchir sur le modèle d'affaires d'une société. Je savais certes comment modéliser des objets en 3D sur SolidWorks ou comment créer des maquettes à l'échelle qui frôlent la perfection mais ces connaissances allaient m'être peu utiles dans mon nouveau poste.

Encore aujourd'hui, Il est difficile de concevoir que je puisse être rémunéré pour quelque chose que j'ai fais aussi longtemps dans mes temps libres sans toucher le moindre salaire. Je passe le plus clair de mon temps à lire, à réfléchir et à rédiger des rapports et effectuer des recommandation auprès du comité d'investissement de MEDICI. Ce travail, lorsqu'il est bien fait, permet à plusieurs épargnants et honnêtes travailleurs d'atteindre les objectifs financiers qu'ils se sont fixé. Je permet à des mères et des pères de famille qui ont trimé dur toute leur vie de prendre leur retraite. Je permet à des retraités d'avoir un niveau de vie décent. Je permet à des jeunes d'amasser le capital suffisant pour s'acheter une première maison. Chaque fois que je trouve un superbe investissement, je me dis que je m'apprête à changer la vie de quelques clients. C'est un sentiment merveilleux! Ça me fait toujours drôle de voir certaines personnes mettre tous les financiers dans le même panier. Depuis la crise financière, on se fait traiter de tous les noms, on se fait même dire qu'on ne sert à rien, que notre travail n'est pas productif pour l'économie... À ceux qui pensent ça, j'ai des petites nouvelles pour vous: Il y a aussi une tonne d'honnêtes travailleurs dans ce milieu et lorsque vous crachez sur le secteur financier, vous crachez aussi sur ces personnes. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain!

Peu de temps après mon arrivée chez MEDICI, l'inscription au CFA était faite. Ceux qui ont fait leur CFA savent que cela nécessite quelques centaines d'heures d'études et encore, rien n'indique qu'après tout ce travail vous serez en mesure de réussir les examens. Jusqu'à maintenant, ça s'est bien déroulé pour moi. J'ai dû étudier environ 250 heures pour compléter le premier examen en juin dernier et je l'ai réussi malgré le fait que je continuais de travailler à temps plein et que j'avais toujours un cours de certificat au HEC. Le jour de l'examen est difficile. vous arrivez sur les lieux une heure et demi avant l'examen. On vous identifie, on vous assigne une place et vous restez assis là à attendre votre copie pendant presque 45 minutes. Vous avez déjà mal au derrière et l'examen n'est pas commencé. Vous faites 2 examens de 3 heures avec une heure de dîner entre les deux. Vous avez eu le nez rivé sur votre copie tellement longtemps que vous avez de la misère à voir au loin pendant le dîner. L'examen vous bombarde de questions sur à peu près tout ce qui touche à l'investissement et évidemment, tout est en anglais. Comme on dit en bon français: «Money talks!»

Ça fait qu'en l'espace de trois ans, je suis passé du Designer Industriel à l'analyste financier. Vous m'auriez dit ça il y a quelques années et je ne vous aurais pas cru. Quand j'y repense, je me dis que c'est une belle preuve qu'on peut faire tout ce qu'on veut dans la vie ne serais-ce qu'avec du travail et un peu de bonne volonté. Il n'y a pas plus beau sentiment que celui là: c'est à dire de réaliser quelque chose qu'on croyait impossible au départ.

Quelles sont les prochaines étapes? Il y a certainement le CFA à compléter. Sinon, c'est la première fois que j'ai un emploi que je suis profondément convaincu que je veux le faire jusqu'à la fin de ma carrière. Je sais ce que j'ai à faire, j'ai des objectifs personnels très élevés en terme du type de gestionnaire que je veux devenir. Je vais faire tout ce qui est humainement possible pour atteindre mes objectifs.

J'ai créé mon propre travail. Je n'ai envoyé de CV à personne. De toute façon, qui aurait engagé un Designer Industriel pour gérer un portefeuille d'investissement alors que les universités regorgent de jeunes prêts à calculer la courbe d'utilité d'un investisseur ou le coefficient Beta des titres boursiers? C'est en écrivant régulièrement sur ce blogue que j'ai pu révéler mon existence au monde. C'est le blogue qui a permis aux gens de l'industrie de me connaitre et de savoir ce que je peux faire. Sans cette idée de vouloir partager mes connaissances sur le web en un beau dimanche matin de septembre 2009, je serais probablement toujours concepteur de claviers à membranes. Sans ce blogue, vous n'auriez aucune idée de qui je suis et probablement que je n'aurais qu'une vague idée de ce que je suis moi-même. Alors, malgré la fréquence de publication plus faible des derniers mois, je voulais vous remercier de me lire.

13 commentaires:

Penetrator a dit…

Un blog peut être bon ou mauvais pour une carrière!

Mais souvent, c'est ni l'un ni l'autre...

Pierre-Olivier Langevin a dit…

Sage commentaire Penetrator! Je pense qu'on est aux antipodes de ce qu'un blogue peut avoir comme effet sur la carrière!

tunisian a dit…

Bonjour,
c'est vraiment magnifique d'entendre une histoire pareille, mais ce que je peux vous dire Que vous le méritez!!
je vous ai laissé un commentaire dans l'article précédent ;)

Pierre-Olivier Langevin a dit…

Merci Tunisian.
Je vais jeter un coup d'oeil à votre commentaire...

Sovanna Sek a dit…

Bonsoir,

En tout cas, voici une reconversion professionnelle réussie grâce à ta passion pour l'investissement financier.
Pour ma part, je souhaite suivre le même chemin que toi, en devenant à l'avenir conseiller de gestion de patrimoine mais je sais ça prendra du temps.

Cordialement.

Pierre-Olivier Langevin a dit…

Moi aussi Sovana je me disais que ça prendrait du temps mais finalement, ça a été très rapide. Mon conseil c'est: Prépare toi comme si ça allait arriver dans quelques mois tu pourrais être surpris.

chroom a dit…

Juste Bravo Pierre-Olivier ! Ton parcours est exceptionnel et tu as plus que 100% raison quand tu dis que tu as créé ton propre travail grâce à ton blog. Aujourd'hui les beaux CV et les diplômes ne suffisent plus.

Jean-François a dit…

Très bon texte P-O! Bravo pour ton parcours et tu mérites ce qui t'arrive, tu travailles fort et tu es passionné.

Petite question, qu'est-ce que t'apporte ton expérience dans un autre milieu de travail comme designer industriel dans ton travail d'aujourd'hui, que ce soit directement ou indirectement?

Pierre-Olivier Langevin a dit…

Oui c'est certain JF. J'ai le même genre de formation que Jonathan Ive chez Apple c'est juste que lui est pas mal meilleur designer que je ne le suis. Mais en gros, je pense que j'ai une meilleure compréhension pour tout ce qui touche aux produits de consommation que ce qu'un analyste qui a fait un BAC en administration puisse avoir. Tsé évaluer des modèles d'affaires, ce n'est vraiment pas qu'une question d'états financiers! Et si tu regardes plusieurs investisseurs à succès sont en fait des MBA.

Michaël Lévesque a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Michaël Lévesque a dit…

Très inspirante ton histoire et merci de nous la partager!

Il y a un an j’étais mécanicien industriel, un job que je détestais. Après plusieurs années de CÉGEP et d’université, j’avais pris cette voie par dépit, n’arrivant à me brancher sur le métier que je voulais pratiquer durant les 40 prochaines années. Étant un métier payant pour le peu de formation qu’il nécessite (DEP), c’était un choix judicieux vu les circonstances. Ayant un métier payant et de bonne conditions de travail (dont un RÉER), j’ai eu à me pencher sur l’investissement et c’est là que j'eus la piqûre.

C’est niaiseux quand j’y pense car du moment où j’ai commencé à avoir de l’argent de poche, j’ai toujours épargné, fait des budgets et des prévisions dans le temps... et j’aimais ça! Bon, à 10 ans c’était pour m’acheter des jeux vidéos mais faut bien commencer quelque part! De plus je me suis toujours intéressé à l’actualité, la politique, l'économie et la finance...

Bref il y a un an presque jour pour jour, j’étais mécanicien industriel et commençais à suivre ton blogue, Carl Simard à “on s'investit” et lire plus ardemment et sérieusement sur l’investissement. Aujourd’hui j’suis étudiant à temps plein (finie la mécanique!) au B.A.A. Finance et ça, c’est un peu grâce à toi Pierre-Olivier!

Pierre-Olivier Langevin a dit…

Merci Michael pour ce très beau témoignage, je suis bien content que mes écrits ainsi que les présentations de Carl aient su t'inspirer! :-)

Nicolas Parke et Catherine Presseau a dit…

Très inspirant. Bravo!