27 décembre 2012

Les fonds, ça fond!

Je déteste les fonds communs. Je pense que c’est l’une des pires inventions que le monde financier ait pu pondre. Ça fait qu’aujourd’hui, sans retenue, je me permets de vous livrer ma pensée à ce sujet.

Ceux qui vantent les fonds communs vont vous dire que c’est merveilleux puisque ça permet à de petits épargnants d’aller chercher une bonne diversification tout en bénéficiant du suivi d’un professionnel. Bien franchement, je pense que c’est de la bouillie pour les chats.

Les fonds communs sont extrêmement coûteux. L’épargnant doit rémunérer la firme qui fait la gestion de fonds. Cela coûte entre 1% et 1,5% par an. Ensuite, il y a les coûts qui découlent des transactions qui sont effectuées dans le fonds. Il faut également rémunérer le vendeur (communément appelé : conseiller en placements) qui vous a vendu le fonds. Celui-ci se prend ce qu’on appelle un «Trailer Fee», lui permettant ainsi de toucher environ 1% de ce que vous investissez dans le fonds à chaque année. Lorsque vous achetez le fonds chez votre courtier à escompte, vous n’évitez pas ces « Trailer Fees » puisque c’est votre courtier qu’il le reçoit… et pourtant, le courtier à escompte ne donne aucun conseil, donc, théoriquement, il ne devrait pas être rémunéré pour un service qu’il ne rend pas!

En tout et partout, vous vous retrouvez souvent à payer entre 2,5% et 3% de frais pour posséder des parts de fonds communs… mais cela n’est pas tout, évidemment! Comme les gestionnaires du fonds n’ont aucun contrôle sur les entrées et sorties de capital, ceux-ci se permettent de vous charger des frais à l’achat ou à la vente des fonds pour s’assurer que vous serez « pogné » à conserver les parts du fonds. C’est ce que j’appelle « mettre de l’argent en prison ». Vous aurez souvent le choix entre les frais de type « Front End » auquel on vous charge un montant de quelques points de pourcentage à l’achat ou bien les frais de type « Back End » qui vous charge des frais lorsque vous vendez des parts de votre fonds. Par expérience, je dirais que ces frais sont d’environ 5% lors de la première année de détention. Souvent, la seule façon de réellement éviter ces frais est d’attendre jusqu’à 7 ans pour ne pas qu’on vous charge les frais. Si votre gestionnaire fait une mauvaise job et que vous voulez vendre vos parts après 5 ans, vous devez non seulement composer avec la douleur de réaliser des pertes mais aussi payer les frais de sortie. Vous pensez transférer votre compte ailleurs? Ces frais vont tout de même vous suivre car c’est le gestionnaire du fonds qui en fait le suivi.

Lorsqu’on regarde l’ensemble, on se dit que les seules personnes qui sont vraiment assurées de faire de l’argent dans toute cette poutine financière, ce sont les conseillers, les gestionnaires et les institutions financières. Le client, lui, il paie… et si le marché va vraiment très bien, alors peut-être qu’il fera un peu d’argent. Il ne faut donc pas se surprendre que l’industrie continue de pousser ces produits alors qu’ils ne sont aucunement concurrentiels. C’est très payant pour l’industrie.

Les conseillers en placements vous diront que c’est très bon d’acheter des fonds communs car cela va vous permettre de bénéficier d’un suivi professionnel. Mais la vérité, c’est qu’en faisant vos propres investissements et en payant un tarif fixe pour chaque rencontre avec votre conseiller financier  (et non indirectement par les frais sur les produits qu’il vous vend), vous économiserez énormément et bénéficierez possiblement d’un meilleur service.

Aujourd’hui, avec la facilité d’accès à la gestion privée et l’avènement des fonds indiciels, il n’y a plus aucune raison valable d’acheter des fonds communs. N’importe qui se donnant un tant soit peu la peine de chercher peut acheter un fonds négocié en bourse qui copie le marché et qui ne vous chargera que 0,5%. C’est une différence énorme avec les frais que l’industrie des fonds communs vous charge (souvent près de 3% par an sans compter les frais d’entrée ou de sortie). Ajoutons que la plupart du temps, les fonds communs sont sur-diversifiés et ne font eux aussi que copier le marché. Ajoutons aussi que plus de 70% des fonds communs sous performent le marché une fois qu’on leur déduit les frais. Alors, si autant les fonds communs que les fonds indiciels copient le marché et que les fonds communs sous performent plus souvent qu’à leur tour, à quoi bon payer pour le plus cher des deux?

À l’inverse, j’adore la gestion privée (il faut dire que c’est assez normal puisque je travaille dans une firme de gestion privée). Ce que j’aime de ce mode de fonctionnement, c’est que les frais sont minimes (on parle de moins de 1,5% par an) puisque les clients n’ont pas à payer les fameux « Trailer Fees » des conseillers financiers. Comme il n’y a pas de « Middle Man », notre tarification est plus avantageuse. Le client fait affaire directement avec le gestionnaire de portefeuille et non avec un conseiller financier. Cela nous rend directement imputable auprès de nos clients et c’est ce que nous voulons. J’éprouve une énorme fierté à connaître les clients de MEDICI, à connaitre leurs besoins et à réaliser mes recherches en fonction de leur planification financière. Mes clients savent fort bien que si quelque chose cloche, ils seront en mesure de me parler directement en personne ou au téléphone. À l’opposé, le petit épargnant qui a des parts d’un fonds commun ne réussira pas à échanger avec le gestionnaire de son fonds commun.

Le deuxième avantage parait moins en surface mais est beaucoup plus important à long terme. C’est celui d’une meilleure concentration des portefeuilles. Comme nous passons l’essentiel de notre temps à évaluer les entreprises plutôt que de chercher à vendre des produits financiers, nous arrivons à une meilleure connaissance des entreprises dans lesquelles nous investissons et par surcroit, nous sommes capables de faire des choix qui, à long terme, nous permettent de battre le marché. Là où la plupart sur-diversifient, nous appliquons plutôt une plus grande concentration de nos investissements vers nos meilleures idées. En gros, nous connaissons nos entreprises et nous connaissons nos clients. Si vous suivez les portefeuilles des investisseurs légendaires, vous serez à même de remarquer qu’ils sont plus souvent qu’autrement concentré dans leurs meilleures idées.

S’il y a une résolution financière que les québécois pourraient prendre pour 2013, c’est bien celle de mettre une croix sur les fonds communs coûteux et de prendre leur portefeuille en main.

9 commentaires:

Unknown a dit…

c'est ben beau ton affaire mon champion, mais avec vos réunions qui ne s'adressent qu'au investisseurs qui ont 200 000$ et plus, il n'y a pas grand chose à faire pour les gens comme moi qui ont moins de 100 000$ en placements divers.
Tu suggère quoi quand les seuls conseillers auxquels on a accès sont ceux de Desjardins ou de la Banque Nationale ?
En tout cas, dans la région de Québec, des conseillers en placements qui connaissent vraiment ça, ça ne court pas les rues...
Présente moi en un qui est indépendant et sérieux et surtout qui se donne la peine de travailler sur des montants moins importants et je pense que je l'engage tout de suite... La plupart de ceux que j'ai vu voulais me vendre des assurances ou me suggérer de placer mon cash dans des compte qui rapportent 1,5%.
Ta monté de lait contre les fonds communs c'est ben beau et c'est vrai que ça coûte cher, mais ça reste la meilleure façon de se rammasser 200 000$ pour ceux qui ne font pas ça à temps plein. Tu ne pense pas. Tu me maintiendra probablement que les ETF sont mieux, mais ça devient de plus en plus la jungle la dedans aussi à ce que je vois.

Martin

Pierre-Olivier Langevin a dit…

Bonsoir Martin,

Avec une approche indicielle, tu peux très bien acheter les ETF XSP (copie le s&p500) et XIC (copie le tsx) et si tu es en phase d'accumulation, tu pourras très bien t'offrir la gestion privée lorsque tu auras suffisamment accumulé.

Pour les conseillers, je suis pas mal convaincu que tu peux facilement en trouver un qui va charger un «flat fee» si tu cherches à d'autres endroits qu'à ta succursale bancaire. Donc avec une stratégie indicielle et un conseiller que tu rencontrerais une fois par année (sans qu'il ne recoive de trailer fee sur les produits qu'il te vend), tu pourrais très vien avoir la stratégie idéale à moindre frais.

daniel PORTE a dit…

J’ajouterais aussi qu’en France pour échapper à une taxation confiscatoire sur un compte titre. Les fonds permettent d’investir dans le cadre de l’assurance vie, (Il en existe de qualité) ce qui n’est pas possible avec l’achat d’actions en direct.
Ce que l’on perd en perf on le gagne en fiscalité.
Mais depuis peu on peut utiliser les trackers ou ETF qui au moins suivent l’indice.
Ce qui est rarement le cas des Fonds.

Olivier Paré a dit…

Bonjour Pierre-Olivier,

Même si je suis d'accord avec certains points de ton article, il ne faut pas oublier que même si les fonds communs peuvent sembler coûteux,la majorité des gens qui utilisent ces fonds n'ont:

1) pas le temps de s'occuper de gérer leurs portefeuilles eux-mêmes; et
2) n'ont pas l'envie et le temps pour prendre le temps de gérer eux-mêmes leurs portefeuilles.

Je pourrais ajouter à ça qu'on peut trouver des fonds communs à compter d'environ de 1,75% et 2,25% de frais de gestion (taxes et frais inclus), tout en bénéficiant d'un service professionnel de planification financière, planification à la retraite et surtout, planification fiscale (qui ne sont évidemment pas inclus lorsqu'on transige nous même avec un courtier à escompte).

Cordialement,

Olivier Paré
www.MaStrategieFinanciere.com

daniel PORTE a dit…

Réctificatif
MoRéctificatif
Moi je suis de la génération X j’ai donc commencé a investir dans les fonds de ma banque en 1995. Grosse erreur. Je n’y connaissais rien, et il n’y avait pas cet outil fabuleux qu’est internet.
J’ai effectivement perdu de l’argent, mais comme tu l’as dit dans un précédant post:
J’ai appris du moins un peu de mes échecs.
Après avoir perdu du temps, j’ai eût l’opportunité de lire Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse de Peter Lynch qui a démystifié la bourse a mes yeux et m’a fait connaitre les valeurs Américaines. avec les écrits de Warren Buffet, notamment les lettres de Berkeshire Hathaway,
J’ai découvert ton excellent blog celui de Journaly et d’autres qui ont de très bon articles.
Mais cela demande du temps et de la passion, et beaucoup de monde comme Mr Unknown. n’ont pas forcément l’envie et la patience de fouiller les différents sites,
de lire les rapports d’entreprises.
Il est vrai que je n’achète plus de fond. un paquet surprise dont on ne connais pas la teneur et qu’on fini par oublier.
Alors qu’une entreprise c’est tellement plus beau, plus facile a suivre, avec le plaisir de recevoir le dividende qui progresse chaque année, même si ce n’est pas l’essentiel.
Cordialement et bonne année
i je suis de la génération X j’ai donc commencé a investir dans les fonds de ma banque en 1995. Erreur. Je n’y connaissais rien, et il n’y avait pas cet outil fabuleux qu’est internet.
J’ai effectivement perdu de l’argent, mais comme tu l’as dit dans un précédant post:
J’ai appris.
J’ai eût l’opportunité de lire Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse
de Peter Lynch qui a démystifié la bourse a mes yeux et aussi les écrits de Warren Buffet,
J’ai ensuite lu les lettres de Berkeshire Hathaway, j’ai découvert ton excellent blog ainsi que celui de Journaly et les autres qui ont de très bon articles.
Cela demande du temps et de la passion, et tous le monde n’a pas forcement notre envie de fouiller.
Il est vrai que je n’achète plus de fond
Cordialement et bonne année

François Fournier a dit…

Bonjour,

je ne suis pas spécialement fan des fonds, par contre, une chose est évidente, on peut faire pire que choisir un fond...

On a qu'à penser aux gens qui investissent de petits montants (500$ par exemple) dans plusieurs compagnies minières sur la bourse de Vancouver (prenons 10 compagnies par exemple). Théoriquement, cette personne va vous dire que son portefeuille n'est pas risqué, car il diversifié, mais dans les faits, cette personne possède 5000$ (pour suivre l'exemple) en bourse qui est très très spéculatif. Et cette personne vous répétera sans cesse que ce n'est pas grave, c'est seulement 500$ dans une compagnie qui vaut 2 cents par action, mais si elle monte à 2$, BINGO!

Ce type de personne devrait songer à acheter un fond.

Pour ma part, j'ai été "obliger" l'autre jour de choisir un fond. En effet, mon employeur a mis en place un système pour les REER qui fait en sorte que si je mets 3% de mon salaire, il met 3% également. Difficile de cracher sur cette augmentation simplement pour les principes de fond.

Là où le bas blesse par contre, il a fallu que je m'obstine sérieusement avec le "planificateur financier", car au début il voulait m'offrir non pas un fond, mais un fond de fonds !!! Déjà qu'un fond c'est trop diversifié, avec lui, j'en aurais eu 3 !!! On parle de quoi là, 450 compagnies !!! J'ai réussi à le négocier pour au moins avoir un fonds canadien à dividendes (pas un fan de dividendes, mais bon, il tenait vraiment à son fond de fonds), car au début, je voulais un fond européen.

Mais bon, dans 2 ans, je vais pouvoir sortir ça de là et vraiment l'investir comme il se doit !

Bonne journée.

Jean-François a dit…

Mooney en remet aussi!

http://www.lesaffaires.com/blogues/bernard-mooney/mooney-le-declin-des-fonds-communs/552830?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

Sovanna Sek a dit…

Bonjour Pierre-Olivier,

Ayant l'intention d'investir sur des valeurs canadiennes, pourrais-tu me donner des courtiers en ligne ou à escompte sur ton territoire ?
Si je te le demande, c'est pour éviter d'être pénalisé par le taux de change entre l'euro et l'huard.

Cordialement.

Penetrator a dit…

Je t'ai vu à on s'investit et je tiens à te féliciter pour ta belle posture bien droite!