16 février 2013

MEDICI est maintenant sur Facebook!



Il y a longtemps que je n'avais pas pris le temps de mettre à jour le Journal Financier. Certains des lecteurs m'ont envoyé un courriel pour me demander si cela signifiait la fin du Journal Financier. Notez que nous travaillons présentement à doter MEDICI, la firme de gestion de portefeuille pour laquelle je travaille, de son propre blogue. Vous pourrez donc éventuellement bénéficier non seulement de mes réflexions mais aussi des celles de mes collègues sur une seule et même page. Bref, vous aurez le même blogue mais sur une nouvelle adresse et fort probablement avec des mises à jour plus fréquentes que le rythme plus lent auquel je vous ai habitué au cours des derniers mois.

Pour ceux qui veulent se tenir informé du lancement officiel du blogue MEDICI, je vous invite à suivre Carl Simard sur twitter (@gpsmedici) et moi-même (@polangevin). Je travaille fort à faire en sorte que mes collègues soient présents sur Twitter alors je vous invite à les suivre question de les encourager un peu! ;) Je vous invite par la même occasion à aller aimer la toute nouvelle page Facebook de MEDICI au www.facebook.com/gpsmedici. Vous y trouverez des commentaires fréquents sur les marchés, sur l'investissement en général et aussi sur les sociétés que nous suivons. C'est aussi sur cette page que vous pourrez consulter les liens des émissions auquel nous participons (ex. On s'investit au Canal Argent ou RDI Économie).

À bientôt!
Pierre-Olivier

27 décembre 2012

Les fonds, ça fond!

Je déteste les fonds communs. Je pense que c’est l’une des pires inventions que le monde financier ait pu pondre. Ça fait qu’aujourd’hui, sans retenue, je me permets de vous livrer ma pensée à ce sujet.

Ceux qui vantent les fonds communs vont vous dire que c’est merveilleux puisque ça permet à de petits épargnants d’aller chercher une bonne diversification tout en bénéficiant du suivi d’un professionnel. Bien franchement, je pense que c’est de la bouillie pour les chats.

Les fonds communs sont extrêmement coûteux. L’épargnant doit rémunérer la firme qui fait la gestion de fonds. Cela coûte entre 1% et 1,5% par an. Ensuite, il y a les coûts qui découlent des transactions qui sont effectuées dans le fonds. Il faut également rémunérer le vendeur (communément appelé : conseiller en placements) qui vous a vendu le fonds. Celui-ci se prend ce qu’on appelle un «Trailer Fee», lui permettant ainsi de toucher environ 1% de ce que vous investissez dans le fonds à chaque année. Lorsque vous achetez le fonds chez votre courtier à escompte, vous n’évitez pas ces « Trailer Fees » puisque c’est votre courtier qu’il le reçoit… et pourtant, le courtier à escompte ne donne aucun conseil, donc, théoriquement, il ne devrait pas être rémunéré pour un service qu’il ne rend pas!

En tout et partout, vous vous retrouvez souvent à payer entre 2,5% et 3% de frais pour posséder des parts de fonds communs… mais cela n’est pas tout, évidemment! Comme les gestionnaires du fonds n’ont aucun contrôle sur les entrées et sorties de capital, ceux-ci se permettent de vous charger des frais à l’achat ou à la vente des fonds pour s’assurer que vous serez « pogné » à conserver les parts du fonds. C’est ce que j’appelle « mettre de l’argent en prison ». Vous aurez souvent le choix entre les frais de type « Front End » auquel on vous charge un montant de quelques points de pourcentage à l’achat ou bien les frais de type « Back End » qui vous charge des frais lorsque vous vendez des parts de votre fonds. Par expérience, je dirais que ces frais sont d’environ 5% lors de la première année de détention. Souvent, la seule façon de réellement éviter ces frais est d’attendre jusqu’à 7 ans pour ne pas qu’on vous charge les frais. Si votre gestionnaire fait une mauvaise job et que vous voulez vendre vos parts après 5 ans, vous devez non seulement composer avec la douleur de réaliser des pertes mais aussi payer les frais de sortie. Vous pensez transférer votre compte ailleurs? Ces frais vont tout de même vous suivre car c’est le gestionnaire du fonds qui en fait le suivi.

Lorsqu’on regarde l’ensemble, on se dit que les seules personnes qui sont vraiment assurées de faire de l’argent dans toute cette poutine financière, ce sont les conseillers, les gestionnaires et les institutions financières. Le client, lui, il paie… et si le marché va vraiment très bien, alors peut-être qu’il fera un peu d’argent. Il ne faut donc pas se surprendre que l’industrie continue de pousser ces produits alors qu’ils ne sont aucunement concurrentiels. C’est très payant pour l’industrie.

Les conseillers en placements vous diront que c’est très bon d’acheter des fonds communs car cela va vous permettre de bénéficier d’un suivi professionnel. Mais la vérité, c’est qu’en faisant vos propres investissements et en payant un tarif fixe pour chaque rencontre avec votre conseiller financier  (et non indirectement par les frais sur les produits qu’il vous vend), vous économiserez énormément et bénéficierez possiblement d’un meilleur service.

Aujourd’hui, avec la facilité d’accès à la gestion privée et l’avènement des fonds indiciels, il n’y a plus aucune raison valable d’acheter des fonds communs. N’importe qui se donnant un tant soit peu la peine de chercher peut acheter un fonds négocié en bourse qui copie le marché et qui ne vous chargera que 0,5%. C’est une différence énorme avec les frais que l’industrie des fonds communs vous charge (souvent près de 3% par an sans compter les frais d’entrée ou de sortie). Ajoutons que la plupart du temps, les fonds communs sont sur-diversifiés et ne font eux aussi que copier le marché. Ajoutons aussi que plus de 70% des fonds communs sous performent le marché une fois qu’on leur déduit les frais. Alors, si autant les fonds communs que les fonds indiciels copient le marché et que les fonds communs sous performent plus souvent qu’à leur tour, à quoi bon payer pour le plus cher des deux?

À l’inverse, j’adore la gestion privée (il faut dire que c’est assez normal puisque je travaille dans une firme de gestion privée). Ce que j’aime de ce mode de fonctionnement, c’est que les frais sont minimes (on parle de moins de 1,5% par an) puisque les clients n’ont pas à payer les fameux « Trailer Fees » des conseillers financiers. Comme il n’y a pas de « Middle Man », notre tarification est plus avantageuse. Le client fait affaire directement avec le gestionnaire de portefeuille et non avec un conseiller financier. Cela nous rend directement imputable auprès de nos clients et c’est ce que nous voulons. J’éprouve une énorme fierté à connaître les clients de MEDICI, à connaitre leurs besoins et à réaliser mes recherches en fonction de leur planification financière. Mes clients savent fort bien que si quelque chose cloche, ils seront en mesure de me parler directement en personne ou au téléphone. À l’opposé, le petit épargnant qui a des parts d’un fonds commun ne réussira pas à échanger avec le gestionnaire de son fonds commun.

Le deuxième avantage parait moins en surface mais est beaucoup plus important à long terme. C’est celui d’une meilleure concentration des portefeuilles. Comme nous passons l’essentiel de notre temps à évaluer les entreprises plutôt que de chercher à vendre des produits financiers, nous arrivons à une meilleure connaissance des entreprises dans lesquelles nous investissons et par surcroit, nous sommes capables de faire des choix qui, à long terme, nous permettent de battre le marché. Là où la plupart sur-diversifient, nous appliquons plutôt une plus grande concentration de nos investissements vers nos meilleures idées. En gros, nous connaissons nos entreprises et nous connaissons nos clients. Si vous suivez les portefeuilles des investisseurs légendaires, vous serez à même de remarquer qu’ils sont plus souvent qu’autrement concentré dans leurs meilleures idées.

S’il y a une résolution financière que les québécois pourraient prendre pour 2013, c’est bien celle de mettre une croix sur les fonds communs coûteux et de prendre leur portefeuille en main.

14 décembre 2012

Les seules prévisions utiles pour 2013

Mois de décembre oblige, tous les conseillers, analystes et gestionnaires y vont de leurs prévisions pour 2013. L'un dit que la Chine reprendra son envol, l'autre dit qu'il faut acheter de l'or parce que c'est la fin du monde et le troisième nous dit que parce qu'il y a moins de volume de transaction sur les grands indices, c'est signe que ça va baisser. Ces prévisions vides que l'on écoute sur les chaînes de télé et qu'on lit dans les journaux n'ont en fait aucune utilité car elles ne permettent pas de prendre des décisions vraiment concrètes en investissement. Ceci étant dit, j'ai décidé de vous présenter dans ce billet, les seules prévisions certaines de se produire en 2013 et comme c'est certain qu'elles vont se produire, il vous faut absolument les connaitre avant le début de l'année.

1) La bourse sera volatile

Basé sur ma forte expérience de vie de 27 ans et demi, je vous confirme que certaines journées seront marquées par de fortes hausses des cours boursiers alors que d'autres seront plutôt marquées par de fortes baisses. Vous passerez du rouge au vert puis au rouge et puis au vert et ainsi de suite. Parfois tout ça dans une seule journée. Je prévois que cette tendance d'alternance entre hausse et baisse  se poursuivra en 2013. Même le gouvernement américain n'y pourra rien. Aussi bien vous y faire!


2) Les médias et vos collègues vont vous suggérer de ne pas investir

Mon beau frère qui vend des autos a le feeling que l'économie ira mal? Pas le temps d'investir, attendons un peu.
Une guerre qui fait monter les prix du pétrole? Pas le temps d'investir, attendons un peu.
La Chine ralentit? Pas le temps d'investir, attendons un peu.
L'Europe en récession? Pas le temps d'investir, attendons un peu.
Tim Cook est plus straight que Steve Jobs? Pas le temps d'investir, attendons un peu.
La moyenne mobile 200 jours vient de croiser un fanion en résistance de tête-épaule? Vraiment pas le temps d'investir, attendons encore un peu.

Pendant que vous attendiez un peu, de 1802 à 2006, la bourse américaine a généré 8,3% de rendement annuel composé. Alors peu importe ce que Wall Street vous suggère, le meilleur moment pour investir était hier et le deuxième meilleur moment est lundi prochain à l'ouverture des marchés.


3) Les investisseurs seront irrationnels

Dollarama perd 5% en bourse parce que les bénéfices par actions n'ont cru que de 29% au dernier trimestre. Ross Stores perd 25% de sa valeur parce que le secteur des ventes au détail ralentit aux États-Unis. Apple perd 20% en bourse parce que les américains préfèrent payer de l'impôt cette année que l'an prochain... Vous le voyez, la bourse n'a absolument rien de rationnel. Un titre baisse? Quelle mauvaise entreprise! Un titre monte? Quelle bonne entreprise! Je prévois que cette tendance qu'ont les investisseurs à sur-pondérer les nouvelles à court terme et à sous-pondérer les nouvelles à long terme se poursuivra en 2013. Si vous changez votre perspective et faites tout simplement l'inverse, vous vous en sortirez bien au cours des prochaines décennies.


4) L'analyse fondamentale ne sera pas à la mode

Pourquoi étudier une entreprise pendant des semaines, des mois et des années lorsque l'école apprend aux gestionnaires que les marchés sont efficients et qu'il vaut mieux copier le marché? L'analyse fondamentale n'est pas sexy. L'analyse fondamentale n'est pas enseignée. L'analyse fondamentale demande trop de temps, trop de réflexions, trop de sagesse, trop de livres à lire et trop de patience pour la plupart des investisseurs. Et vous savez quoi? C'est parfait comme ça car l'investisseur-entrepreneur sérieux réalise d'énormes profits grâce à ces aberrations. L'investisseur-entrepreneur continuera de faire des profits en 2013 et le spéculateur irresponsable qui pense pouvoir faire ça lui même parce qu'il sait comment s'ouvrir un compte de courtage continuera d'y laisser sa chemise. Le manque de sérieux des uns devient la source de profits des autres au grand malheur du premier groupe.Quant aux institutionnels, ils se colleront au marché car la plupart ne savent faire que ça (c'est ce qu'on leur a enseigné).


5) Vous ferez des erreurs

La beauté dans tout ça est que l'humain possède une capacité d'adaptation qui n'a pas d'égal. Combinez cette capacité à la douleur de perdre de l'argent et vous obtenez le coup de pied au cul nécessaire pour faire passer votre rythme d'apprentissage de la bourse en deuxième vitesse. Je prévois en 2013 que je continuerai à faire des erreurs mirobolantes pour des raisons que j'ignore encore aujourd'hui. J'ai déjà hâte d'apprendre ces nouveaux enseignements que la bourse va m'apporter. Sans dire que vous devez célébrer vos erreurs, je dirais que vous ferez fort probablement vous aussi votre part d'erreurs d'investissement l'an prochain. Si vous adoptez la bonne attitude, vous en sortirez plus fort.

De toute façon, si vous n'avez jamais perdu beaucoup d'argent en bourse, vous ne savez probablement pas comment en gagner non plus. Pessimiste me direz-vous? Pas vraiment! Les erreurs font partie de la vie et elles vous obligent à vous améliorer.

20 novembre 2012

Que s'est-il passé depuis 2009?

Je relisais le premier billet que j'ai posté sur le Journal Financier en 2009 et je me suis dis qu'avec tout le chemin parcouru depuis, peut être que ce serait bon de faire une petite mise à jour sur le chemin parcouru depuis cette date. Voici donc mon histoire des dernières années.

L'histoire débute un lundi matin à la job. Entre la conception électronique de deux claviers à membrane, le consultant de l'entreprise pour laquelle je travaille m'invite à son bureau pour discuter. En l'espace de quelques minutes, il m'apprend que l'entreprise a changé sa politique interne et que dorénavant, les employés ne feront plus de temps supplémentaire. Du jour au lendemain, j'ai maintenant une dizaine d'heures de plus de temps libre par semaine. Ça me dérangeait pas mal car ces heures supplémentaires me donnaient un plus gros salaire et donc plus de liquidités à investir.

Je décide donc qu'il est temps d'obtenir une reconnaissance officielle des connaissances que j'ai acquis au fil des ans en investissement. Je m'inscrit alors à un certificat en gestion financière question de mettre mes connaissances à l'épreuve. Tout va bien, même trop bien car après quelques cours, je me ramasse avec la mention d'excellence sur mon relevé de notes. À ce moment là, comme en investissement, on se met à croire qu'on est meilleur que tout le monde... Il y a ces fois où il faut se méfier beaucoup plus de ses succès que de ses échecs car ils sont parfois porteurs du germe qui vous fait revenir sur terre. Néanmoins, je ne me suis pas enflé la tête et j'ai continué à lire sur les grands investisseurs question d'oublier un peu la «Théorie des portefeuilles modernes» qu'on cherche à m'apprendre sur les bancs d'école.

Jusqu'au moment où, rendu à peu près au milieu de mon certificat, je reçois un courriel de MEDICI. Quelqu'un dans l'entreprise a lu le Journal Financier d'un Y et le patron veut me rencontrer. J'avais déjà lu sur Carl Simard et je l'avais vu quelques fois à la télé à l'émission Actions qui était animée par Georges Pothier au Canal Argent. J'étais donc honoré de voir un gestionnaire que je respecte remarquer mon travail sur le web. Je me rappelle qu'à ce moment, je n'avais pas dans mes plans de changer de travail ou de carrière ou du moins, pas immédiatement. Je savais qu'éventuellement, je voudrais gérer des portefeuilles mais mon idée était d'abord de terminer mon certificat et ensuite j'amorcerais une réflexion. J'étais hyper stressé avant de rencontrer celui qui allait être mon futur patron. Outre qu'avec la famille, je pense que c'était seulement la deuxième discussion que j'allais avoir avec quelqu'un qui connaissait bien les investissements. N'ayant que très peu de connaissances qui s'intéressent à la bourse dans mon entourage, j'avais toujours vu cette dernière comme une «game» de solitaire où on se regarde froidement dans le miroir avant d'investir. Dans ce contexte, je me demandais si j'allais pouvoir faire bonne impression.

Cette rencontre avec Carl Simard a changé la donne. Après quelques semaines, je remettais déjà ma première évaluation à la firme de Saint-Bruno question qu'ils voient de quel bois je me chauffe. Mon évaluation portait sur Ross Stores (ROST). J'étais emballé par cette société qui avait exactement le même modèle d'affaires que TJX Companies mais qui connaissait une croissance plus rapide. J'étais tout de même loin de me douter que le titre allait pratiquement doubler en deux ans. Je me rappelle que je m'étais demandé quel est le titre que je suis le plus certain qui va bien performer au cours des prochaines années et c'est suite à cette réflexion que j'ai choisi Ross Stores. Aujourd'hui le titre recommence à descendre tranquillement alors que l'entreprise continue de croitre à un rythme élevé.

Ça fait que pendant quelques mois, j'ai travaillé environ 15 heures par semaine pour MEDICI en plus de travailler 40 heures en tant que Designer Industriel. À cela, il fallait ajouter mon cours à l'université. Pas besoin de vous dire que j'avais peu de temps libres... Quoi qu'avec un peu de recul, je me dis que ça a valu la peine de travailler fort pour obtenir ce que je voulais. C'est ce que j'avais choisi après tout. Dans la vie, vaut mieux passer énormément de temps à faire ce qu'on aime que de se forcer à faire des choses qu'on aime moins pour plaire aux autres.

Les quelques mois ont passé et j'ai finalement pu quitter mon travail à temps plein chez mon ancien employeur pour me consacrer à temps plein à l'analyse financière. Ça n'était pas facile car j'occupais un poste clé à mon ancien travail et donc je devais prendre quelques mois pour former ceux qui allaient me remplacer. J'aurais pu quitter avec deux semaines de préavis mais j'aurais mis mon employeur dans la belle merde et comme je respectais mon boss, il fallait que je quitte sans trop de bisbille.

C'est quand même très bizarre d'inventer son propre travail. Un jour vous faites quelque chose que vous faites depuis le cégep et le lendemain, vous débutez une toute nouvelle carrière et une partie des connaissances acquises à l'école ne sert plus beaucoup. Je n'ai pas joint une immense firme institutionnelle bondée d'analystes qui étaient prêts à me prendre sous leur aile dès mon arrivée. J'ai dû moi même juger des tâches qu'un analyste financier qui se respecte devrait effectuer de façon routinière. Personne ne m'a enseigné à l'école comment effectuer une analyse financière. Personne ne m'a appris à actualiser les cashflows. Personne ne m'a montré à réfléchir sur le modèle d'affaires d'une société. Je savais certes comment modéliser des objets en 3D sur SolidWorks ou comment créer des maquettes à l'échelle qui frôlent la perfection mais ces connaissances allaient m'être peu utiles dans mon nouveau poste.

Encore aujourd'hui, Il est difficile de concevoir que je puisse être rémunéré pour quelque chose que j'ai fais aussi longtemps dans mes temps libres sans toucher le moindre salaire. Je passe le plus clair de mon temps à lire, à réfléchir et à rédiger des rapports et effectuer des recommandation auprès du comité d'investissement de MEDICI. Ce travail, lorsqu'il est bien fait, permet à plusieurs épargnants et honnêtes travailleurs d'atteindre les objectifs financiers qu'ils se sont fixé. Je permet à des mères et des pères de famille qui ont trimé dur toute leur vie de prendre leur retraite. Je permet à des retraités d'avoir un niveau de vie décent. Je permet à des jeunes d'amasser le capital suffisant pour s'acheter une première maison. Chaque fois que je trouve un superbe investissement, je me dis que je m'apprête à changer la vie de quelques clients. C'est un sentiment merveilleux! Ça me fait toujours drôle de voir certaines personnes mettre tous les financiers dans le même panier. Depuis la crise financière, on se fait traiter de tous les noms, on se fait même dire qu'on ne sert à rien, que notre travail n'est pas productif pour l'économie... À ceux qui pensent ça, j'ai des petites nouvelles pour vous: Il y a aussi une tonne d'honnêtes travailleurs dans ce milieu et lorsque vous crachez sur le secteur financier, vous crachez aussi sur ces personnes. Il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain!

Peu de temps après mon arrivée chez MEDICI, l'inscription au CFA était faite. Ceux qui ont fait leur CFA savent que cela nécessite quelques centaines d'heures d'études et encore, rien n'indique qu'après tout ce travail vous serez en mesure de réussir les examens. Jusqu'à maintenant, ça s'est bien déroulé pour moi. J'ai dû étudier environ 250 heures pour compléter le premier examen en juin dernier et je l'ai réussi malgré le fait que je continuais de travailler à temps plein et que j'avais toujours un cours de certificat au HEC. Le jour de l'examen est difficile. vous arrivez sur les lieux une heure et demi avant l'examen. On vous identifie, on vous assigne une place et vous restez assis là à attendre votre copie pendant presque 45 minutes. Vous avez déjà mal au derrière et l'examen n'est pas commencé. Vous faites 2 examens de 3 heures avec une heure de dîner entre les deux. Vous avez eu le nez rivé sur votre copie tellement longtemps que vous avez de la misère à voir au loin pendant le dîner. L'examen vous bombarde de questions sur à peu près tout ce qui touche à l'investissement et évidemment, tout est en anglais. Comme on dit en bon français: «Money talks!»

Ça fait qu'en l'espace de trois ans, je suis passé du Designer Industriel à l'analyste financier. Vous m'auriez dit ça il y a quelques années et je ne vous aurais pas cru. Quand j'y repense, je me dis que c'est une belle preuve qu'on peut faire tout ce qu'on veut dans la vie ne serais-ce qu'avec du travail et un peu de bonne volonté. Il n'y a pas plus beau sentiment que celui là: c'est à dire de réaliser quelque chose qu'on croyait impossible au départ.

Quelles sont les prochaines étapes? Il y a certainement le CFA à compléter. Sinon, c'est la première fois que j'ai un emploi que je suis profondément convaincu que je veux le faire jusqu'à la fin de ma carrière. Je sais ce que j'ai à faire, j'ai des objectifs personnels très élevés en terme du type de gestionnaire que je veux devenir. Je vais faire tout ce qui est humainement possible pour atteindre mes objectifs.

J'ai créé mon propre travail. Je n'ai envoyé de CV à personne. De toute façon, qui aurait engagé un Designer Industriel pour gérer un portefeuille d'investissement alors que les universités regorgent de jeunes prêts à calculer la courbe d'utilité d'un investisseur ou le coefficient Beta des titres boursiers? C'est en écrivant régulièrement sur ce blogue que j'ai pu révéler mon existence au monde. C'est le blogue qui a permis aux gens de l'industrie de me connaitre et de savoir ce que je peux faire. Sans cette idée de vouloir partager mes connaissances sur le web en un beau dimanche matin de septembre 2009, je serais probablement toujours concepteur de claviers à membranes. Sans ce blogue, vous n'auriez aucune idée de qui je suis et probablement que je n'aurais qu'une vague idée de ce que je suis moi-même. Alors, malgré la fréquence de publication plus faible des derniers mois, je voulais vous remercier de me lire.

3 novembre 2012

Google forcée de se réinventer

Dû à des contraintes d'espace, il nous a été impossible de vous présenter l'article «Google forcée de se réinventer» en version intégrale dans le journal Les Affaires de la semaine dernière. Il me fait donc plaisir de vous l'offrir sur le Journal Financier en version intégrale. Également, je tiens à vous aviser que nous organisons une conférence mardi prochain, je vous invite à aller vous inscrire sur le site web de MEDICI en cliquant sur ce lien.

Google forcée de se réinventer
Par Carl Simard,
Gestionnaire de portefeuille et président de MEDICI


Les médias financiers mentionnent souvent que par son modèle d’affaire axé sur la publicité, Google n’est pas sujet aux risques technologiques auquel font face ses principaux concurrents. Or, si cela a probablement déjà été véridique, force est d’admettre que les derniers résultats de l’entreprise ont su démontrer le contraire.

Comment fonctionne Google?
Google tire ses revenus publicitaires de la même façon que lors d’une vente aux enchères traditionnelle. À l’exception que ces ventes aux enchères sont automatisées et ont lieu pour chaque demande de recherche effectuée sur son moteur. Les deux principaux critères qui permettront au puissant algorithme de Google de déterminer quels résultats de recherche seront publiés dépendent de la mise maximale par les publicitaires (les clients) ainsi que la pertinence du résultat en fonction de la recherche de l’internaute.

Les clients qui achètent la publicité de Google, mieux connue sous le nom de «keywords», pourront payer un tarif très faible à chaque affichage du résultat ou bien un tarif plus élevé à chaque fois qu’un internaute clique sur le résultat en question.

L’ère de la mobilité
Il y a quelques années, la très grande majorité des internautes utilisaient un ordinateur PC traditionnel pour naviguer sur internet. Or, avec l’arrivée des téléphones intelligents et des tablettes, le poste informatique traditionnel est de plus en plus marginalisé vers le segment professionnel, c’est-à-dire que l’ordinateur devient de moins en moins intéressant pour le consommateur moyen qui ne veut que consulter ses courriels et utiliser certaines applications. Plus le temps passe, plus on se rend compte que le poste informatique de bureau, tel qu’on le connait, est utilisé pour le travail.

C’est face à cette nouvelle ère de la mobilité que Google se voit confrontée à un important changement de paradigme. Par le principe d’enchères, les publicitaires ne sont pas prêts à miser autant d’argent pour une publicité affichée sur un appareil mobile que pour une publicité affichée sur un poste informatique traditionnel. C’est pourquoi les coûts reliés à l’acquisition de traffic («Traffic-Acquisition-Costs») de Google augmentent beaucoup plus rapidement que ses revenus publicitaires depuis quelques trimestres. En excluant l’acquisition de Motorola Mobility, les revenus du dernier trimestre ont progressé de 18.5% alors que les dépenses ont augmenté de près de 39%. Le constat est encore plus frappant lorsqu’on remarque que les bénéfices par actions ont reculé de 21.6%.

Certains diront que ces chiffres sont erronés. Il faut dire que la gymnastique comptable auquel Google soumet ses actionnaires est peu reluisante. Dans ses calculs de bénéfices ajustés, l’entreprise exclut les dépenses de rémunération par actions à ses employés. Or, ces dépenses représentaient 24% des bénéfices par actions du dernier exercice trimestriel. C’est à se demander à quel point les intérêts des actionnaires sont protégés avec de tels calculs. Comme le mentionne Warren Buffett : «Si l’octroi d’options d’achat d’actions n’est pas une forme de rémunération, qu’est-ce que c’est? Et si les dépenses de rémunération ne devraient pas être considérées dans le calcul des bénéfices, où doit-on les calculer ?»

Le changement forcé par la concurrence
Ayant remarqué que l’étau se resserrait à une vitesse grandissante il y a quelques années, Google s’est faite très proactive et a procédé à l’acquisition du système Android dont elle poursuit le développement très coûteux depuis déjà plusieurs années. À cela s’ajoute l’acquisition récente de Motorola Mobility pour la somme colossale de 12,5 milliards $US.

Comme les internautes délaissaient le bon vieux poste informatique pour les appareils mobiles, il fallait que Google parvienne à s’emparer de ce nouveau marché publicitaire qu’est la mobilité. C’est pourquoi l’entreprise a eu à adopter la stratégie de Microsoft, c’est-à-dire qu’elle allait offrir son système d’exploitation Android aux fabricants de téléphones et tablettes. En échange, Google a tout le luxe d’insérer ses applications dans les téléphones. Par contre, contrairement à Microsoft, Google ne vend pas son système d’exploitation mais espère plutôt en tirer des revenus publicitaires après l’avoir offert gratuitement.

Suite à l’implantation d’Android, Google s’est bien rendue compte que l’obligation d’offrir gratuitement un système d’exploitation complet n’était pas suffisante. Face à un géant comme Apple, qui, par son univers fermé, fabrique à la fois les appareils et les logiciels de son écosystème de produits, il était clair que Google risquait de perdre le contrôle de ce nouvel univers publicitaire. C’est pourquoi, avec l’acquisition de Motorola Mobility, en début 2012, l’entreprise parvient à fabriquer ses propres appareils comme ce qu’on peut remarquer avec la tablette Google Nexus 7.

Google s’éloigne de son profit
S’il y a quelques années, Google n’avait qu’à offrir le meilleur moteur de recherche qui soit pour s’assurer de vendre ses «keywords» sous enchères, aujourd’hui, l’entreprise californienne se voit contrainte à offrir un système d’exploitation complet en plus de fabriquer des appareils électroniques. Or, on sait que concevoir un système d’exploitation est une tâche parsemée d’embûches (parlez-en à Microsoft) et que concevoir des appareils électroniques l’est encore plus (parlez-en à Nokia ou RIM). Étant confronté à cet ajustement, Google se voit forcée de sortir de sa zone de confort pour conserver ses avantages concurrentiels. Plus le temps file, plus nous voyons Google s’éloigner de son profit.

D’un autre côté, une société comme Apple, qui rafle près de 75% des profits mondiaux de son secteur, conçoit à la fois les appareils et les logiciels depuis plusieurs décennies. Récemment, la société à la pomme croquée a annoncée qu’elle mettait de côté des outils comme YouTube et Google Maps pour ses appareils au profit de ses outils maison. Si à court terme, les utilisateurs ont laissé savoir à Apple qu’ils n’appréciaient pas ce changement, il nous apparaît clair qu’à plus long terme, cela est dommageable pour Google puisque cette mouvance vers un univers technologique fermé va à l’encontre de sa stratégie initiale d’ouverture. Par conséquent, Google se voit forcée de sortir de sa stratégie de base pour tenter, elle aussi, de créer un univers fermé autour de son offre publicitaire. Contrairement aux avantages concurrentiels colossaux dont jouit Google avec son moteur de recherche, nous croyons que certains concurrents sont plus performants qu’elle à créer un écosystème de produits attrayants.